mercredi 11 mai 2016

Journal acidulé






Janvier 2015

Mardi 6 : avant de poser la sonnette,  il faut faire un choix parmi les… trente–et-une mélodies différentes que recèle cet engin. On reconnaît, abominablement massacrés par les sonorités grinçantes de l’électronique, du Schubert, du Beethoven, du Bach… Et aussi, bizarrement, Dixie, l’hymne des états confédérés. Mon choix s’arrête sur un carillon de huit notes, qui reproduit exactement le coucou de ma tante Solange. Qui vient sonner chez moi ?
  

Vendredi 16 : Ma balade quotidienne me porte pour la première fois au-delà du cimetière (au passage, je vérifie qu’il reste des places.) J’avise un petit chemin qui passe devant un pré où paissent quelques moutons. J’ai à peine fait trois pas qu’un breton teigneux sort de sa masure pour me dire en roulant les « r » que c’est « prrivé » ; je présente mes plus gracieuses excuses à cet abruti, et m’éclipse en le traitant in petto d’espèce de sale cochon.

Il pleuvote ; et le soleil est encore là ; alors, je rentre en admirant pendant quelques minutes un arc-en-ciel parfait 

Mardi 20 : grande balade, en passant par le Clos au loup, pour revenir tranquillement de l’autre côté du village. Sur ma route, un vieil âne brait dans un pré. C’est marrant, son proprio lui a mis un manteau. C’est la première fois que je vois ça ; en rentrant au village, je découvre un petit sanctuaire marial abandonné, avec 3 ex-voto et beaucoup de mousse. La Bretagne a vraiment apostasié…

Jeudi 22 : froid polaire ; impossible de faire ma balade de bon matin : la route est glissante. Mais peu après, le soleil explose et embellit mon panorama habituel.

Samedi 23 : Le petit bois dans lequel je n’osais pénétrer à cause du sens interdit collé sur un tronc d’arbre ne recèle pas un propriétaire égoïste armé d’une pétoire et flanqué de gros dogues jouant des crocs ; Il n’y a que des tas de bois, coupés, rangés. C’est une réserve de bois, tout simplement. Je reviendrai m’y balader.

Dimanche 24 : fête de la paroisse ; messe animée par « les jeunes » ; les cantiques sont plutôt laids, mais la dame à côté de moi chante faux, ce qui y introduit des variations mélodiques qui les améliorent nettement. Déjeuner à Combourg avec les paroissiens. On annonce une « animation »  qui me fiche la frousse. J’avais raison de craindre. Des chanteurs se succèdent. Je me rends compte, à ce moment-là que, chanteur, c’est vraiment un métier…

Vu, dans un pré, un cheval et un âne. L’âne brait ; le bourrin m’ignore superbement. Je note des petits chemins pittoresques noyés dans la boue mais qui au printemps, seront bordés d’aubépine et de jonquilles. Encore 3 mois et je vais me refaire « Le sous-préfet aux champs » !

Lundi 2 février. Temps splendide ; longue promenade vers Lanhélin, retour par Bellevue. Je rencontre des veaux qui s’empiffrent de foin dans un pré. Quelle morphologie étrange : un corps massif, carré, sur des pattes minces, avec une grosse tête en trapèze. Ils bougent lentement. Dans un enclos, un joli petit ânon. Pour des raisons qui m’échappent, il a une courroie qui le musèle. Il vient vers moi, remue son mufle… Je cherche à le caresser, mais c’est un pétochard : il se détourne. Est-ce le soleil ? Un camélia, sur ma route, commence sa floraison éclatante. Dans la grisaille de ce mois de février, des pépites rouge, qui répondent aux paillettes jaune des ajoncs.

Mardi 3 : il a neigé cette nuit. Je n’irai pas à l’église, j’ai la frousse de me casser la figure sur la route en pente. Cependant, je ne parviens pas à rester chez moi. Je sors, histoire de m’aérer et surprise ! Le paysage est d’une beauté à couper le souffle ; c’est féérique ! La neige décore tout, crée des harmonies nouvelles, des nuances uniques.

Trois heures après, rien ne reste : tout a fondu au (discret) soleil de midi…

Mercredi 4 : balade en passant par l’Hôtel neuf (quel nom idiot pour un lieu dit !), la Motte et la Besselière ; deux splendides chiens de chasse, genre setter, aboient férocement quand je passe ; çà et là l’herbe est piquetée de blanc, souvenir de la chute de neige d’hier ; à gauche, beaucoup de mousse ; un petit cheval essaie de brouter de l’herbe dans un  pré râpé ; un coureur à pied me croise ; temps gris, pluie fine qui ne dure pas. Un imbécile de coq chante fièrement dans un poulailler ; je l’imagine perché sur le fumier ; emblème de la république…

Dimanche 8 – La boue a un peu séché ; je m’aventure par un chemin à peu près praticable dans la forêt de Coëtquen. Même en hiver, la forêt c’est magique ! Un ruisseau m’oppose une barrière que je franchis hardiment (et avec précautions). Une trouée lumineuse au loin : je suppose que le chemin débouche sur une route ; gagné !

Lundi 9 – Balade vers le clos au loup ; soleil éclatant ; gelée blanche décorative ; les oiseaux chantent ; hier, j’ai cueilli une primevère ; c’est marrant, les pétales ont chacune la forme d’un cœur. Ce matin, j’ai pris un petit chemin boueux, en arrivant au village, et j’ai vu un petit poney avec les cheveux dans les yeux, et un bouc miniature, lui aussi avec de longs poils ; ils boulottaient du foin dans un coin du pré, et m’ont regardée avec une indifférence vexante… au loin, il y avait des poules ; j’ai observé leur démarche, très curieuse : le corps projeté en avant à chaque pas ; elles tanguent sur leur gros ventre, avancent la tête d’un mouvement saccadé, à chaque empattée (plutôt qu’enjambée), les barbillons tremblotants ; marrant…

Lundi 16 – J’ai continué d’inventorier les divers chemins de promenade ; vu un chemin à demi goudronné, qui se termine en cul de sac ; le bois est protégé par une clôture, mais ce chemin s’arrête dans le bois, sans clôture ; j’irai voir, au printemps… ; vu également un chemin à travers champs, qui rejoint St-Pierre, mais ce sera pour plus tard : il est très boueux. Aujourd’hui, ciel rouge, splendide ! Ça ne dure pas ; le rouge s’atténue, finit par laisser la place au jour, gris… on dirait qu’une main invisible a fermé un coffre rempli de joyaux étincelants dont l’éclat nous parvenait. Des nuages colorés de rose, lie de vin, violine, qui se fondent dans le ciel et dont la teinte redevient grise ; c’était le lever de soleil ; représentation terminée, reprise demain, avec un programme identique et différent…
Quelquefois, ciel nacré, lumière qui sort de l’horizon comme d’un puits ; et puis, le soleil se couche, juste devant la porte-fenêtre de la cuisine ; Splendide !

Mercredi 18 – les cendres ; vu un faisan cet apm, tout près de moi, sur la colline de la croix. Les oiseaux chantent avant l’aube. C’est impressionnant. Ce matin, ciel rouge ; ça dure quelques minutes. Le soleil apparaît ; dès qu’il montre le bord de son globe, en quelques secondes, il est complètement visible. La terre tourne vite…
Souvenir d’hiver : le paysage entièrement voilé dans une brume blanche d’où émerge, à l’horizon, la cime sombre des sapins, comme une frise dentelée.

Dimanche 1er mars ; balade dans la forêt de Coëtquen ; vu un lapin, qui file dans les broussailles, puis, un écureuil, qui jaillit à ma droite et se perd dans les sous bois ; la semaine précédentes, virées diverses ; au clos du loup, une pancarte devant une propriété : Attention, chien bizarre. Faudra photographier ça ; je passe devant un pré ou paissent des moutons. Les agneaux sont rigolos ; ils sautent en faisant des bonds en hauteur, sur deux pattes, retombent sur deux autres pattes, se poursuivent, se donnent des coups de tête, et tètent leur mère debout, en continuant de marcher avec elle. Les brebis ont une démarche chaloupée, sur leur gros corps ovoïde, on se demande comment elles peuvent tenir, tant leurs pattes ont l’air minces, à côté de la masse laineuse d’où émerge une tête triangulaire, avec deux oreilles horizontales. Comme je m’arrête pour regarder, il y en a une qui rapplique et me bêle des injures ; je m’en vais.
Les primevères il y en a partout maintenant. Il y a 15 jours, j’ai vu UN pied de primevères et j’en ai cueilli une, la première. Ça pousse sur les talus, à la verticale ; fais des acrobaties pour rapporter ce trésor ; la semaine dernière, rapporté une jonquille que j’ai mise dans un vase, elle commence à se faner. À quand les violettes ?

Lundi 2 mars ; ce matin, j’ai continué après la route du clos au loup, et pris un chemin oblique, juste avant l’embranchement ; beaucoup de boue ; et puis on arrive à un croisement, et un chemin à gauche rejoint l’autre chemin, celui qui arrive juste en face de la route du clos au loup ; en ce moment, c’est extrêmement boueux, mais au printemps, ça fera une belle promenade. J’ai revu le cheval et l’âne, toujours couverts de leurs manteaux, dans une autre pâture. Le cheval me snobe, mais l’âne m’a saluée en brayant ; les moutons étaient tous couchés dans leur étable, et les agneaux commençaient à cabrioler. Un peu plus loin, j’ai cueilli un bouquet de jonquilles ; les primevères sont fleuries, il y en a beaucoup. Ce matin, il fait beau.

Mercredi 4 mars – Pascal est allé chercher à la mairie sa nouvelle carte d’identité ; je me demande qui lui a fait ces photos d’identité, mais il a exactement la tête de Chirac, maintenant qu’il est gâteux. Ça lui ressemble comme moi je ressemble au pape, ou à peu près…
Les primevères apparaissent un peu partout ; elles mettent une détestable obstination à pousser le long des talus : pour les atteindre, il faut, soit se coucher sur les prés, boueux, et baisser la main, soit descendre dans le fossé, plein d’eau, et lever la main. Je préfère les laisser où elles sont.

Perce-neige : tige gracieusement recourbée, laissant pendre sa corolle de trois pétales blancs en forme de clochette
Anémone, puis pâquerettes –un petit point blanc dans l’herbe - jonquilles, ensuite, crocus –

Mardi 24 mars ; hier, brouillard ; un brouillard cotonneux, qui engloutit tout ; ce matin, petite pluie.
Ces jours-ci : on voit d’abord des tas de fumier dans les champs ; j’observe que le fumier… fume vraiment ; sur la route, de petites mouchetures de fumier, que les roues de voitures ont écrasées ; ça pue ; par contre, dans les champs, le fumier épandu ne pue pas et j’en conclus que l’odeur s’évacue par en-dessous.

Aperçu ce soir 4 chevreuils dans le lointain.

Les bourgeons de notre poirier apparaissent. La plate-bande de gauche a été nettoyée.
Malgré le printemps, il fait très froid. Hier, il y avait de la gelée blanche sur les toits et les pare-brises ; les pauvres jonquilles pendaient un peu. Le cheval avait remis son paletot. 
On commence à voir fleurir les arbustes, en particulier le tulipier de la rue Chateaubriand.
Bientôt, ce sera somptueux.

mercredi 8 avril 2015

Un chevreuil traverse la route dimanche quand nous rentrons… Le soir plusieurs chevreuils font des cabrioles dans le champ, bien visibles, éclairés par le soleil couchant.
Il fait un temps superbe depuis lundi. Balade à la Besselière, et hier à la « morve-au-nez. » On éteint les radiateurs. Balade dans la forêt, à la recherche de sentiers praticables ; je rentre avec un pantalon crotté et un bouquet de jonquilles chapardé sur le chemin ; même trouvé des violettes, je me pose la question : sont-elles transposables dans mon jardin ?
Hier, on commence les plantations ; ça prend tournure.
Promenades épatantes, le temps est magnifiques, la nature est superbe, l’herbe verte d’un vert ardu. Pas encore de feuilles, mais chez les anglais, le lilas commence à fleurir et je renifle les premières fleurs du chèvrefeuille.

vendredi 10 avril 2015

Temps radieux depuis plusieurs jours. Je commence à retirer les vêtements d’hiver.
 Je regarde sur le net, je vois qu’on peut faire du « vin de pissenlit » ; or, nous ne mangeons pas de confitures, mais nous buvons du vin… Alors, ce matin, je pars, avec un sac et une paire de ciseaux, décidée à couper toutes les fleurs de pissenlits sur les bords du chemin ; seulement voilà y en n’a pas… comme une cloche, je mets 1 h de balade avant de me rendre compte que les fleurs de pissenlits se sont fermées et qu’elles n’ouvrent leurs pétales que quand le soleil est bien haut. Je rentre avec mon sac vide et l’impression d’être nulle mais attention ! Je pars au village chercher du poisson, et quand je reviens, j’ai dévalisé toutes les bordures de chemin, il y a déjà 200 fleurs de pissenlit dans un cageot, soit la moitié de ce qu’il faut.
Les feuilles ne sont pas encore poussées sur la plupart des arbres, sauf notre petit poirier, celui de gauche ; on commence à voir les lilas, je respire le parfum des aubépines, on voit aussi des myosotis et des violettes ; je ne parle pas des primevères – ça prolifère – ni des jonquilles ou narcisses, il y en a partout.
Je me demande si je ne vais pas me mettre à ramasser aussi les feuilles des pissenlits ; après tout, quand j’étais petite, on le faisait pour manger en salade ; c’est peut-être bon ?

Fin avril : j’ai vu un petit lapin filer dans un jardin abandonné ; la brume sur l’étang monte en vagues, poussées par la brise de l’aube ; la rosée s’irise dans les premiers rayons

Les iris sont en fleurs quand les jonquilles sont terminées ; les primevères ont duré plus longtemps mais c’est fini. Les arbustes à fleurs prennent le relais







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