jeudi 12 mai 2016

LA PREMIÈRE COMMUNION DE MAURICE CHEVALIER




Le 12 septembre 1888, au cœur de Ménilmontant, naît Maurice Chevalier, 9ème enfant d’une fratrie dont trois seulement survivront. Peintre en bâtiment, son père sombre rapidement dans l’alcoolisme et abandonne définitivement les siens. Sa mère, ouvrière à domicile, se tue au travail pour ses enfants…

Maurice ne fera pas sa première communion : trop de frais pour cette femme qui se bat, jour après jour,  pour que ses petits puissent seulement manger à leur faim. 

De cette enfance misérable, Maurice restera à jamais marqué. Mais le marquera aussi, pour la vie, la dignité de sa mère, Joséphine, et surtout l'immense amour qu'elle porte à ses enfants.

Il n'était pas né "avec une cuiller d'argent dans la bouche", Maurice Chevalier. Lui qui rêvait d'être artiste, il entre en apprentissage, à peine sorti de l'enfance ; et pourtant, il monte sur les planches, et rapidement, connaît la gloire. Hollywood lui ouvre ses portes, le voici célèbre : chanteur, comédien, il est mondialement connu. Chantre des années folles, il incarne la joie de vivre ; tout ce dont un homme peut rêver, succès, fortune, il l'obtient – et plusieurs femmes l’ont adoré…

La vieillesse est venue.

Bien souvent, le père Carré - aumônier des comédiens - et Maurice parlaient de l’eucharistie. Je lui disais l’aide qu’elle pourrait lui apporter, rapporte le père Carré ; mais Maurice, épris d’absolu, objectait  : il faut que je sois encore meilleur.

Décembre 1971. Maurice est hospitalisé.  Il fait demander le père Carré. Les larmes aux yeux, il lui dit : c’est maintenant.
 
L’enfant de Ménilmontant, trop pauvre pour faire sa première communion, avait dû  traverser toute une vie pour accepter de communier pour la première fois.

Le combat avec l’ange aura duré vingt années. 
Dieu est patient.

mercredi 11 mai 2016

Mes livres



Du 5 juin 2007 :

Mes livres, c’est une partie de moi-même.
Je les ai choisis avec soin, je les conserve, je les contemple. Souvent, j’en ouvre un. Je relis quelques phrases, je caresse quelques pages, je replace l’objet, je rêve ...Au fur et à mesure des trouvailles, des achats, quelques uns sont expulsés, pour faire la place à d’autres. Une fois par an, environ, grand rangement. A cette occasion, les livres sont époussetés, rangés sagement ; leur place est repensée, revue, re et encore re-changée : avec quoi ranger, par exemple, les 3 ou 4 volumes qui traitent de Pie XII ? Dans la sphère Histoire du 20ème siècle, ou livres religieux ? Et pourquoi couper certains polygraphes (Pagnol, Courteline, le père Hugo) en morceaux ? Poésie, théâtre, souvenirs ... et leur biographie, écrite par d’autres, où la mettre ? Je groupe, je dégroupe, je regroupe. En ce moment, ils seraient plutôt « groupés », ce qui place « choses vues » à côté d' Olympio ou la vie de Victor Hugo et pas très loin des plus beaux poèmes d’amour. Ce vieux bouc sentimental (c’est de Hugo que je parle) ne m’en voudra pas. Mais les auteurs voyagent, parfois, d’une étagère à une autre. En tout cas, séparé des autres poètes, Sagesse et poésie chinoise est avec le rayon Extrême-Orient : je l’ai déménagé récemment ... jusqu’à nouvel ordre. 
Mes relations avec mes livres sont à la fois charnelles et empreintes de tendresse. Mes livres m’introduisent dans un monde qui est à moi, nullement un monde imaginaire, mais où j’ai sélectionné la réalité. J’y ai admis les réalités sombres Le livre noir du communisme, jamais sans ma fille,  Sans patrie ni frontières, le soldat oublié, contes de Dachau, etc. mais je les ai choisies. Or, la vie est totale, on ne choisit pas.
Commençons par le haut, c’est-à-dire le spirituel : La Bible, en plusieurs traductions, les ouvrages connexes, les encycliques, et d’autres livres de spiritualité, des vies de saints estampillés (Thérèse, Maximilien, Catherine, Bernadette, Joseph), de prétendants au titre  (Karl Leisner, Franz Stock, Vincent Lebbe, Paul Nagai, Léonie Martin) ; La déchirure de l’absence (essai sur les rapports entre l’Eglise et le peuple d’Israël) Passionnant, et toujours actuel, quoique acquis et lu il y a quelques 35 ans. De tout ça, tirons 2 ou 3 ouvrages : Les portes du silence, collection ad solem, le silence cartusien, de dom A. Guillerand, et Seigneur apprends nous à prier, de Dom A. Louf, dans lequel on trouve, en particulier, une réflexion intéressante sur la masculinité du Christ, et l’analyse des termes hébraïques utilisés pour « miséricorde » ; remarquable. 
Ces 3 ouvrages, et surtout les 2 premiers, permettent de se passer des autres. Économie.
Au dessous, j’ai casé l’histoire. Le Moyen-Âge y tient une place proportionnée avec celle qu’il occupe dans la chronologie (mille ans) et Régine Pernoud voisine avec les rois maudits et les romans de Jeanne Bourin. De Jeanne Bourin, le meilleur est Les amours blessées. Les romans historiques Les défricheurs d’éternité s’accordent avec les biographies Hildegarde de Bingen, Yolande d'Anjou et les travaux d’historiens La légende dorée des comtes d’Anjou. La révolution française  et la 2ème guerre mondiale occupent une large place également : Henri Amouroux, René Sédillot, et, pêle-mêle, quantité de biographies de diverses époques Catherine de Médicis, Zita de Bourbon-Parme, Beaumarchais, Voltaire, de témoignages J'ai choisi la liberté, rue du prolétaire rouge, rupture avec Moscou et les ouvrages de Lapierre et Collins qui photographient l’histoire récente ; ça m’intéresse :  je suis née l’année de la mort de Gandhi et de la fondation d’Israël. Le monde est un village qui devient plus petit de génération en génération.
L’Extrême-orient me fascine : une étagère, puis 2 maintenant, sur 2 rangs. Elles débordent au-dessus et en dessous. Tout y est mêlé depuis les romans de Pearl Buck jusqu’aux auteurs contemporains (Lao She, Pa Kin, Lin Yutang, Ariyoshi Sawako, Eiji Yoshikawa) en passant par les témoignages Revenue de l’enfer, retour au Lao gai les récits de voyage : L’automne à Canton et les livres de fond L’empire de la poudre aux yeux. Le plus beau de tous, c’est Les cygnes sauvages de Jung Chang ; le meilleur, c’est : La joueuse de go de Shan Sa ; le plus poignant, c’est Le miroir des courtisanes d'Ariyoshi ; le plus fascinant, c’est Lune de printemps de Bette Bao Lord ; le plus terrifiant, Les orchidées rouges de Shangai de Juliette Morillot. Et puis, j’ai tous les ouvrages de Chow Ching Lee. Toutefois, je lis aussi ce qu’écrivent les auteurs de sexe masculin, même si, dans les lignes qui précèdent, aucun n’apparaît. 
Entre l’Asie et l’étagère polars hypertrophiée de Higgins Clark mère et fille, 2 étagères abritent les livres non encore lus ou lus récemment et non encore rangés. Je garde à proximité, en désordre, les livres « lus récemment » comme si, en les rangeant dans une étagère estampillée, codifiée, je les exilais trop tôt. Ils ont droit encore quelque temps à ma tendresse, ce sont des amis, compagnons de quelques heures de jours récents, et je m’éloigne d’eux à regret. Là dedans, on trouve tout et n’importe quoi : Mon père, ce harki, la république des lâches, triple peine, la gauche sans le peuple, mémoires d'André Maurois, la biographie de l’archiduc François-Ferdinand, papy krach, le petit dictionnaire des insolences (avec, sur Maupassant, Mauriac, et Claudel, des commentaires appréciables –par moi), les œuvres de Tony Anatrella, Jean-Claude Guillebaud, Michel Schooyans, Jean Sévillia, etc. 
Les « non encore lus » sont une centaine (de quoi s’affoler) citons, en désordre, la vie de Godefroid de Bouillon, Tristes tropiques, pages de sang, les poèmes de Li Po, le dit des Heike, des ouvrages d’Évelyne Sullerot, Jean François Revel, Alphonse Boudard, André Maurois, des pères Laurentin, Leonardo Boff, Jean-Claude Sagne, Vents en rafales de Taslima Nasreen, et la vie de Florence Nightingale.
Les « polars » sont distrayants. Ils ne sont que ça, mais ça compte beaucoup. Mon mari les néglige, de même que les livres étiquetés « rigolos » qui sont casés dans les w-c à l’usage des constipés de passage : Jean-Charles, San Antonio, et des recueils de bons mots, traits d’esprit, anecdotes ; de la « sous littérature » pour lui. Ils maintiennent mon moral au-dessus du niveau grisaille et morosité. Compagnons humbles, ne prétendant pas m’élever l’âme ou meubler mon intellect, mais indispensables pour mon humeur.
Poésie ? Théâtre ? Littérature ? Oui – un peu plus loin : Verlaine (des bouquets de perles) Apollinaire (la caresse des mots) les romantiques (chœur des trombones) ; j’ai même des haïkus et j’en ai même composé pour m’amuser.  Le théâtre fait suite, avec Sophocle et Anouilh, mais surtout Labiche, Feydeau, Courteline, Pagnol, et Sacha Guitry, Sacha le grand,  qui occupe une étagère presque entière. Ses œuvres, et les ouvrages qu’on a écrits sur lui, de Jacques Lorcey, Raymond Castans, Jean Piat, Michel Galabru, René Benjamin, Hervé Lauwick … Je ne parle pas des « classiques » : Shakespeare, Molière, Racine, Corneille, Marivaux, Beaumarchais, ça va de soi. Ni Brecht, ni Beckett, voyons, pour qui me prenez-vous ? Le théâtre, c’est de l’action. Je laisse les phrases aux raseurs.
Ajoutez-y  la merveille de notre littérature : le journal de Jules Renard ; la fantaisie du désespoir : les œuvres complètes d'Alphonse Allais, et les 2 premiers « bouquins » de Colette, dont le style, dit James Harding, ressemble à une maison trop meublée : j’aime l’écriture fine et sensuelle de Colette. Il me manque le 3ème. Mais je l’aurai –un jour. J’aime Colette. Colette la féline, née de l’étreinte du disque solaire et d’un dieu chat égyptien.
C’est dans ce pêle-mêle que se trouve Tamerlan des cœurs de René de Obaldia –inclassable – Les diaboliques, Clochemerle, Au bon beurre, et Dom Camillo, et quelques grands classiques passés au travers de l ‘écrémeuse de mon intransigeance : l’élégant et sensible Stendhal ; pas Balzac : il m’embête, je regrette de l’avouer – lire Balzac, c’est comme une balade avec des bottes à semelles épaisses - ni Flaubert, vivisecteur marionnettiste. Il ne me déplaît juste qu’un peu moins ; quant à Hugo, ciselé de bronze massif, je me suis cantonnée à Les misérables– en passant par-dessus les pages de digressions assommantes, soit la moitié environ du roman. Il y a Zola, aussi. Énorme, Zola ; mais bof … pour le 19ème et Radiguet pour le 20ème. Ah ! Le « bal … » la découverte enchanteresse de mes 17 ans, noté **** ex-aequo avec  La peste ! Plus Saint-Exupéry, Dostoïevski, les sœurs Brontë et Margaret Mitchell, qui voisinent avec B Pasternak, André Brink, et ne s’en plaignent pas.
Comment je choisis mes livres ? Par hasard ... J’habite à côté du marché aux livres. Ma visite hebdomadaire à ce haut lieu voué au dieu papier-imprimé-relié s’apparente à une traque, une chasse, une battue ... idem lors des « journées d’amitié » de telle ou telle paroisse : j’ai fait mouche sur « la face cachée du monde » pour 3 €  –car ma grande victoire cynégétique, c’est de ravir des trophées pour pas cher. Tellement que, maintenant, je note en page de garde la date, le lieu, et le prix ! J’ai ainsi les traces indélébiles de mes plus beaux « coups » - en effet, pour certains, j’ai fureté des mois, des années, avant de les trouver (il s’agit de livres qui ne sont plus réédités) : Ainsi Charlotte Lyses (biographie de la 1ère des 5 épouses de Sacha Guitry), Bouquet de bohème (souvenirs de jeunesse sur Montmartre de Roland Dorgelès), Les belles heures de ma vie (Cécile Sorel), trouvés au bout de patientes et incessantes allées et venues hebdomadaires d’allée en allée, et ce, pendant 7 ou 8 ans ...
Certains figurent encore sur ma liste « à trouver » ainsi Le dit de GengI (je l’ai trouvé, à 40  €, trop cher : neuf, je l’avais vu chez Gibert, à 50 €, dans une édition plus luxueuse, et je n’aime pas me faire pigeonner, alors … ) l’histoire des reines de France (édité en 1848), les textes des films de Sacha Guitry, le théâtre de Carton,  et quelques autres ; je pourrais les chercher sur e-bay ou chapitre.com, mais ce serait de la triche : il faut que je les guette pendant des semaines. Il me faut les attendre pendant des années, au détour d’un rayon, dans un entassement de poussiéreux volumes où,  miracle ! un jour, ils m’apparaîtront enfin – j’en suis convaincue, et je serai récompensée de ma patience et de ma ténacité. Ainsi, découragée de ne jamais voir apparaître, après 5 ans de surveillance, « le palais de la colline aux nuages » j’ai fini par l’acquérir sur chapitre.com. Eh bien, ça m’a presque empêché de le lire ; c’était trop facile. J’avais désiré ce livre pendant 5 ans, mais de ne pas l’avoir trouvé en soulevant, un par un, les bouquins vieillissants vendus à l’encan (3   l’un, les 4 pour 10) ça m’a culpabilisée : j’ai eu l’impression de ne pas l’avoir mérité, presque de l’avoir volé, et, résultat, je ne l’ai pas encore lu !
Les romans que j’aime ? Tout compte fait, je n’aime pas les romans. J’en lis fort peu. Mettons de côté les « polars » -littérature uniquement distrayante, où mes pulsions meurtrières s’investissent dans une fiction sanglante qui purge l’inconscient de ses miasmes. Je lis pour me distraire et apprendre ce que j’ignore – car le seul amour qui ne déçoive pas, c’est l’amour de l’étude a dit fort justement je ne sais plus qui.
Dans un tel contexte, les romans que j’absorbe sont ceux qui ont trait au Moyen-Âge –ou à l’Asie, évidemment !
Un auteur qui n’utilise pas son talent pour m’emporter et m’incarner entre Clovis et la guerre de cent ans n’a aucune chance d’être lu par moi.
Il n’a rien à m’apprendre. 
Sauf – sauf si c’est François Cheng, Qiu Xiaolong, Hsia Chih-yen, Susaku Endo, ou Miyamoto.
Je l’avoue à ma honte : Je n’ai pas aimé Mishima. Je l’ai expulsé. Les étagères de mon mari ont donné asile au proscrit.
En tant que « romans orientés vers le spirituel » j’ai apprécié (en dehors de Cronin) G Cesbron tout homme reçoit une blessure, et c’est quand il la reçoit qu’il devient un homme : les saints vont en enfer, chiens perdus sans collier, notre prison est un royaume ;  la phrase précise et fine (non dépourvue d’humour, d’ailleurs) de Michel de Saint-Pierre : les écrivains, les aristocrates (que j’ai lu en une nuit, à 17 ans, de 10 heures du soir à 5 heures du matin ; on accomplit des exploits de ce type quand on n’a pas à se soucier de se lever le matin), les nouveaux aristocrates et les nouveaux prêtres ; la quête intense de Daniel-Rops :  l’âme obscure, mort, où est ta victoire et la morgue espagnole de Jean Raspail : Sire.
La petite fille de Monsieur Linh ? Je ne l’ai pas lu ; sans doute ne le lirai-je jamais : A quoi bon me raser avec ça ? Quand j’ai, sur le totalitarisme, une collection prestigieuse : J’ai cru aux khmers rouges, au delà du ciel, l’enfer où Dieu prenait soin de nous, l’enfant de la rizière rouge, l’utopie meurtrière, évadés de Corée du nord, ici c’est le paradis, Vietnam : le dossier noir du communisme, les années rouges, le portail et les livres déjà cités ; pour la seule Asie, évidemment. Il me manque encore Cambodge année zéro, vents amers et riz noir ; mais je les aurai un jour : le livre de François Ponchaud est au marché aux livres, et ce sera sans doute mon prochain trophée.
A côté de ça, que valent les pâles auteurs « modernes » pouah ! Claude Simon (jamais pu aller après la page 2) Japrisot, Houelbecq, Duras, Modiano, etc. Aucun, aucun mais aucun intérêt. Pas de temps à perdre : Je ne veux même pas tenter de les aborder. Je les bannis de mon univers. Je veux ignorer qu’ils existent. Ils ne m’apprendront rien, et ne me distrairont même pas. Écrire des choses qui se passent à mon époque ? Inepte ! J’y vis, à mon époque, alors, hein, je sais ce qui s’y passe, comment me faire rêver avec ça (sauf Stupeur et tremblements : c’était au Japon – mais c’était plutôt un cauchemar)
Je n’aime pas mon époque. Romans plats, ruisselants d’ennui, glauques, écrits pour des voyeurs, humanoïdes en psychanalyse, puant les relents de bordel et les miasmes pervers et rutilants de l’univers glamour fabriqué par les médias. Littérature bien digne de ce monde là. Glauque, désespérée, désespérante, suintant l’ennui ; bonbonnières aux relents d’égouts ;  du néant tartiné à l’encre plus que noire sur des pages qui seraient plus utiles comme papier cul – au moins, ça rendrait service à l’humanité - que sur les étals (*)des librairies modernes.
Pouah ! C’est à gerber ! Ça ne peut servir qu’au lendemain d’une bonne cuite –pour faire passer la gueule de bois. Seulement, moi, je ne bois pas, alors ...
Le roman me fait voyager. Les lieux vers lesquels il m’emmène sont toujours inconnus, mais qu’on me laisse au moins choisir ma destination. Je veux –comme au Théâtre, disait Louis Jouvet - être surprise, mais avec ce que j’attends.
Ce sera She Shan, La Vang, Akita ... Ce sera Charles Martel, les derniers mérovingiens, Charles le simple ou Raoul Glaber. Ce sera Bertrand de Comminges, Alpaïs ou Bernard de Fontaines. Je naviguerai sur les ailes de Pégase entre le Fuji-Yama et l’Emeishan, je me poserai dans la baie d’Along ou près du lac Biwa et je tremperai mes pieds dans la rivière des perles ou le Mékong en crue. Je passerai le Yalu avec les réfugiés coréens, j’irai admirer l’armée enterrée de Qin Shi Huangdi à Xi’an et m’incliner dans le temple de Confucius à Qufu. Je parcourrai les steppes de l’Asie, de Oulan-Bator au Xinjiang, et sur un sampan, je descendrai  le Yang tse du Zhejiang au Sichuan. Et quand j’en serai lasse, je rejoindrai Radegonde et Anne de Russie, Isambour de Danemark, Nanthilde  ou Childéric II et Bilihilde - l’illustre nation des francs, qui a Dieu pour fondateur ...vive le Christ, qui aime les Francs... - prologue de la loi Salique)
Laissez moi choisir le temps où je me poserai entre Clotilde et Christine de Pisan – fût-ce un temps obscur et violent comme le siècle de sang de Chilpéric et Clotaire le vieux, serial-killers couronnés, ou couvert d’un blanc manteau d’églises comme cet an mille  qui a marqué l’aube de notre civilisation.
A dos de chameau, mollement balancée, Je méditerai, pour me reposer, sur la route de la soie.
(*)Oui, « étal », je maintiens – exprès- le mot « rayon » ça fait penser à la lumière, donc c’est inapproprié. Etal, par contre, ça évoque de la viande crue, qui ruisselle de sang et qui pue. C’est ce qui convient.

Haikus



Composés en 2007, pour tuer le temps pendant les réunions où on s'embête...

Des fleurs sur la table
Dans un bouquet, six lys blancs
Seule, de toi je rêve


Assis sans rien dire
Il regarde en méditant
Ignore nos pensées

Itinéraire



ITINERAIRE

Écrit en 2010

Je commence à respirer à Mézières en Brenne (Indre) le 5 janvier 1948. L’air de la Brenne sent le fumier et la vase, mais ça ne me décourage pas de continuer, et, depuis, je ne me suis pas arrêtée, même en dormant.

Bébé placide, fillette taciturne, je me fabrique très vite une « demeure intérieure ». Suivant les jours, ça peut être une coquille d’huître ou une bulle de savon ; mais jamais, jamais une tourelle de blindé.

Mon premier souvenir est la gare du village, démolie quand j’ai 3 ou 4 ans. Dommage pour l’environnement, pour la convivialité, et pour les vaches, privées de leur habituelle distraction. (Et elles sont rares, à la campagne !)

A 4 ans, en plein mois de juillet, mon cœur est brisé : Pas par un chagrin d’amour (c’est trop tôt) mais par un staphylocoque  doré, serial killer en cavale au bord de la mer. Mon père me sauve la vie en faisant le diagnostic par téléphone. Je suis hospitalisée sur le chemin du retour, dans une clinique, à Bagatelle, histoire de me faire comprendre qu’il n’y a rien de bien sérieux dans tout ça. Ce n’est pas l’avis des morticoles de service, qui annoncent prématurément mon trépas à ma mère effondrée. Irrévérencieuse déjà, je déjoue leurs pronostics et continue de respirer, histoire de me payer leurs têtes.

J’ai un tissu cicatriciel dans le cœur, mais ce n’est pas gênant, parce que, à cet endroit-là, ça ne se voit pas. Et non seulement je ne suis pas morte, mais j’ai déjà enterré deux cardiologues.

Les souvenirs que j’ai de mon enfance ne sont pas très heureux. Je revois des blouses blanches, d’où partent des bras armés de seringues (aïe), des mains me tendant des verres pleins à demi de substances amères et visqueuses (pouah). Tirons le rideau.

A côté de chez moi, il y a un petit hospice de vieillards, tenu par des filles de la croix. Elles font également le catéchisme aux enfants du village. Etant alitée, je bénéficie, pour le catéchisme et le C.P., de cours particuliers, dispensés à tours de rôle par nos dévouées voisines : la religieuse catéchiste et la directrice de l’école de filles. Ces investissements seront rentabilisés dans des proportions à faire rêver le plus cupide des hommes d’affaires : car, dès qu’on m’a parlé de Dieu, ça m‘a intéressé, et j’ai cru tout le temps ; et, dès que j’ai su lire, j’ai lu sans arrêt.

Je finis par sortir de mon lit et mener une vie presque normale, avec l’école à l’école, et le caté au couvent/hospice.  Il y a patronage le jeudi. Le samedi, les confessions. Le dimanche, la messe, et même les vêpres. Pendant le mois de mai, le chapelet tous les après-midi, et 3 fois par jour, l’angélus. Souvent, je vais à la messe en semaine, le matin, à 8 heures : On habite à côté de l’église, et à 7 heures, carillonne l’angélus du matin ; impossible de me rendormir, alors ...

Donc, rendement maximum.

Tout de même, si j’ai la foi, la pratique de la vertu oscille comme le tracé de mes électrocardiogrammes. Je me dis que plus tard, dans longtemps, demain, peut-être ? Je serai mieux, sûrement, et parfaite, peut-être. Mirage sans cesse repris, ritournelle d’un microsillon rayé, qui sans cesse recommence.

J’ai - j’ai toujours - beaucoup de dévotion à la vierge Marie et aux saints, dont je lis et relis les mésaventures dans la collection « belles histoires et belles vies » (avec des images) ; je les connais pratiquement par cœur. J’ai une préférence pour Sainte Bernadette et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Le monde des adultes me semble étrange et terrifiant. Hélas, il n’y a que dans Lewis Carroll qu’on parvient à l’éviter. En ne mourant pas à Bagatelle, j’ai perdu toutes mes chances …

Il me faut aborder l’adolescence, qui en est l’antichambre – inconfortable.

Mon adolescence est cent fois pire que mon enfance.
Je continue de croire. Face au dégoût, au mépris, voire à la haine des regards et des mots qui tuent, je déballe mon équipement de survie ; les œuvres complètes de Goscinny et Jean-Charles, entrelardées de la 3ème lamentation de Jérémie. Mais il y a un prix à payer au saccage du matin. Exorbitant. Angoisse permanente ; doute systématique de soi. Poser un acte de confiance s’apparente au saut en parachute en nocturne. Péniblement, j’émerge d’un univers de jugement où l’autre est quelqu’un qu’il faut dominer. L’affection a un envers, piège à la glu, moule qui blesse et emprisonne.

Comme il semble léger, à côté, l’amour gratuit de Dieu, étreinte en apesanteur...

A 20 ans, je m’arrête à Taizé, puis dans les foyers de charité, puis dans une abbaye bénédictine. Je découvre une autre galaxie, habitée par des extraterrestres. Qui peuvent vivre ensemble sans se détester. Qui sont heureux, pacifiques ; même ils s’aiment, on dirait. Comme je n’ai jamais vu ça  ailleurs, je crois que j’ai la vocation et j’entre au noviciat. Et puis, j’en sors : Mon manque de sérieux chronique ne semble pas le signe indubitable d’une vocation solide. Mon départ coïncide avec un léger mais réel repos des zygomatiques conventuels.

Je cherche du travail, animée par la conscience exclusive de mes incapacités dans tous les domaines. Pourtant, j’ai une maîtrise de droit avec mention. Mais je me trouve nulle en tout, et moche, en plus. Si, d’aventure, « le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », j’appelle à mon secours mes alliés : Les psaumes « heureux es-tu, toi qui adores le Seigneur » Montaigne « la tristesse est le bonheur des imbéciles », Beaumarchais « je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer », et le saint curé d’Ars « le seul bonheur que nous ayons sur terre, c’est d’aimer Dieu » et je fais front : le désespoir ne passera pas.

Premier contact avec le renouveau charismatique, autre monastère exclaustré, celui-là, halte tiède et tendre où j’apprends à tricoter des relations.

Découverte du chant, de la danse classique, de la randonnée pédestre, de l’hébreu. Je touche à tout et tout me passionne, sauf les sciences et la philo, qui m’embêtent, et le prétentieux et soi-disant « art » contemporain (toutes disciplines confondues) que je vomis. Je lis et relis prose, poésie, et le théâtre ; le théâtre classique, mais aussi Labiche le stoïcien rieur, Feydeau le nihiliste désespéré, Anouilh en rose et noir et Sacha, spirituel nonchalant, le plus grand. Je continue à croire, je m’enracine dans la gaîté, animée de cette conviction que les gens  malheureux ne font le bonheur de personne, et que c’est de bonheur, avant tout, dont tous, nous avons besoin - même si, par moments, j’ai l’impression que ma vie est un puzzle éparpillé dont j’ai toujours égaré un ou deux morceaux.

Je contre-attaque l’adversité en plaçant en ligne de front mes divisions –Beaumarchais, Alphonse Allais, l’évangile de Saint Jean, Courteline et les pères du désert, mes blagues et mes poèmes préférés. J’acquiers une justifiée réputation de pitre indéracinable, que je m’emploie à continuer de mériter partout où je passe. Personne ne me verra pleurer. Pour demeurer debout face au vent mauvais, j’apprends par cœur Tamerlan des cœurs  en écoutant, sono à fond, les premières mesures des carmina Burana. Et c’est la joie alors qui m’emporte, aux accents virils et charmants du baroque, cette musique qui vous pousse quand on navigue vent debout. « Soyez toujours joyeux, et priez sans cesse, en toutes choses, rendez grâces à Dieu » ; la tristesse, c’est le regard sur soi ; la joie, c’est le regard sur Dieu.

Militante à l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture et écoutante à SOS amitié, je tâte aussi (pour voir) de la politique, et je fuis illico. Oh, ces f… réunions de militants tabagiques, désespérément sérieux dans leur diarrhée verbale ! Des soirées d’ennui, pendant lesquelles, les méninges au point mort, je m’interroge : Qu’est ce que ça veut dire, tout ça ? Est ce que, vraiment, ils croient à ce qu’ils racontent ? Si oui, comment font-ils ?

30 ans, chômeuse, je décroche un stage payé, qui me permet d’entreprendre une spécialité droit du travail/droit social. Matières dont l’étude me comble, tout en me  faisant découvrir des aspirations qui palpitent, et dont tous – et surtout moi – ignoraient jusqu’à l’existence. Longtemps après, à une question « comment peux-tu faire un métier pareil ? » j’ai répliqué spontanément : « qu’est ce que tu veux, j’aime avoir mal... »

Et puis, un matin, je trouve dans mon lit un pierrot mélancolique qui dégringole de la lune. Il est très gentil, alors je l’épouse. Je veux 3 enfants, lui 2. On en a donc 5 : il avait enseigné les maths, autrefois.

Dupliqué à 5 exemplaires, mon cœur cicatrisé, croisé avec son cœur de pianiste marathonien : 5 frimousses pétillantes de sourires, des gerbes d’étoiles dans les mirettes. « Les enfants sont une grâce du Seigneur, et leur naissance est un bienfait.»  Au fil des années, la Bible habite ma mémoire et y sème des taches de lumière et de feu ; elle est mon firmament intérieur.

Je préside une association familiale catholique, je suis jeûneuse à mère de miséricorde, et catéchiste pour les 6èmes.

 « Seigneur, donnez-moi tout ce qui vous reste, donnez-moi ce qu’on ne vous demande jamais... Je veux l’insécurité et l’inquiétude, je veux la tourmente et la bagarre... » Cette prière du parachutiste, je l’avais copiée, à 20 ans, sur la page qui, dans ma Bible, précédait l’Apocalypse. Depuis, j’ai étudié l’Apocalypse – et j’ai été exaucée pour la prière – au-delà de ce que j’imaginais !
La lutte avec l’ange ... Le passage de la mer rouge ... La tempête apaisée ... Pas besoin d’imaginer – suffit que je me souvienne : je connais.

Malgré tout, je n’ai jamais réussi à perdre la foi.

49 ans : Pour faire face aux difficultés des temps, impitoyables aux pierrots et dédaigneux aux fantaisistes, je me remets au travail, après 13 ans d’interruption. Concours sur concours, je parviens (à peine essoufflée après un détour de 7 ans dans le secteur social) à un poste de cadre juridique à la mairie de Paris.

Pour aller au bureau, je dois, chaque matin, passer devant Notre Dame. Quel cadeau royal ! Et la messe de 8 heures, halte de grâce... Dans le soleil levant de l’été, la rosace ouest chatoie de couleurs douces et fortes, promesse de joie offerte et chaque matin renouvelée.

Dans la foi je reste frondeuse et impertinente, rétive à l’embrigadement, et en même temps - juriste jusqu’au au fond de l’âme - d’esprit très conservateur, voire légaliste ; pétrie de procédure, je sais que « la forme garantit le respect du fond ». En gros, c’est la cruche qui contient l’eau ; sans la cruche, l’eau s’écoule, mais ce n’est que la cruche, et si elle est vide, Dieu a soif…

Mes auteurs favoris lus et relus sont indifféremment Colette et Dom Guillerand, Daniel-Ange et Pierre Daninos, Fred Vargas et Ephraïm. Ma passion pour l’Extrême-Orient (Lao She, Ariyoshi Sawako, Lin Yutang) et l’histoire, surtout médiévale (Régine Pernoud, Jean Dumont, Rodney Stark) alimente mes rêves et fait crouler mes étagères à livres.

Les oisillons ont grandi, ils piaillent et bientôt s’envoleront pour se cogner à la vie. Pierrot mélancolique a le poil gris, Colombine se plisse et craque de partout ; les douleurs nous taquinent en suivant un imprévisible parcours : le corps nous fait signe que tout passe ; que ce soit dans le livre de Qohélet ou dans celui des Heikè, « l’impermanence des choses » est une constante, la méditer ne nous jette pas dans le vide, mais nous tourne vers l’infini de la présence. Et chaque minute qui passe germe dans l’éternité.

    

Journal acidulé






Janvier 2015

Mardi 6 : avant de poser la sonnette,  il faut faire un choix parmi les… trente–et-une mélodies différentes que recèle cet engin. On reconnaît, abominablement massacrés par les sonorités grinçantes de l’électronique, du Schubert, du Beethoven, du Bach… Et aussi, bizarrement, Dixie, l’hymne des états confédérés. Mon choix s’arrête sur un carillon de huit notes, qui reproduit exactement le coucou de ma tante Solange. Qui vient sonner chez moi ?
  

Vendredi 16 : Ma balade quotidienne me porte pour la première fois au-delà du cimetière (au passage, je vérifie qu’il reste des places.) J’avise un petit chemin qui passe devant un pré où paissent quelques moutons. J’ai à peine fait trois pas qu’un breton teigneux sort de sa masure pour me dire en roulant les « r » que c’est « prrivé » ; je présente mes plus gracieuses excuses à cet abruti, et m’éclipse en le traitant in petto d’espèce de sale cochon.

Il pleuvote ; et le soleil est encore là ; alors, je rentre en admirant pendant quelques minutes un arc-en-ciel parfait 

Mardi 20 : grande balade, en passant par le Clos au loup, pour revenir tranquillement de l’autre côté du village. Sur ma route, un vieil âne brait dans un pré. C’est marrant, son proprio lui a mis un manteau. C’est la première fois que je vois ça ; en rentrant au village, je découvre un petit sanctuaire marial abandonné, avec 3 ex-voto et beaucoup de mousse. La Bretagne a vraiment apostasié…

Jeudi 22 : froid polaire ; impossible de faire ma balade de bon matin : la route est glissante. Mais peu après, le soleil explose et embellit mon panorama habituel.

Samedi 23 : Le petit bois dans lequel je n’osais pénétrer à cause du sens interdit collé sur un tronc d’arbre ne recèle pas un propriétaire égoïste armé d’une pétoire et flanqué de gros dogues jouant des crocs ; Il n’y a que des tas de bois, coupés, rangés. C’est une réserve de bois, tout simplement. Je reviendrai m’y balader.

Dimanche 24 : fête de la paroisse ; messe animée par « les jeunes » ; les cantiques sont plutôt laids, mais la dame à côté de moi chante faux, ce qui y introduit des variations mélodiques qui les améliorent nettement. Déjeuner à Combourg avec les paroissiens. On annonce une « animation »  qui me fiche la frousse. J’avais raison de craindre. Des chanteurs se succèdent. Je me rends compte, à ce moment-là que, chanteur, c’est vraiment un métier…

Vu, dans un pré, un cheval et un âne. L’âne brait ; le bourrin m’ignore superbement. Je note des petits chemins pittoresques noyés dans la boue mais qui au printemps, seront bordés d’aubépine et de jonquilles. Encore 3 mois et je vais me refaire « Le sous-préfet aux champs » !

Lundi 2 février. Temps splendide ; longue promenade vers Lanhélin, retour par Bellevue. Je rencontre des veaux qui s’empiffrent de foin dans un pré. Quelle morphologie étrange : un corps massif, carré, sur des pattes minces, avec une grosse tête en trapèze. Ils bougent lentement. Dans un enclos, un joli petit ânon. Pour des raisons qui m’échappent, il a une courroie qui le musèle. Il vient vers moi, remue son mufle… Je cherche à le caresser, mais c’est un pétochard : il se détourne. Est-ce le soleil ? Un camélia, sur ma route, commence sa floraison éclatante. Dans la grisaille de ce mois de février, des pépites rouge, qui répondent aux paillettes jaune des ajoncs.

Mardi 3 : il a neigé cette nuit. Je n’irai pas à l’église, j’ai la frousse de me casser la figure sur la route en pente. Cependant, je ne parviens pas à rester chez moi. Je sors, histoire de m’aérer et surprise ! Le paysage est d’une beauté à couper le souffle ; c’est féérique ! La neige décore tout, crée des harmonies nouvelles, des nuances uniques.

Trois heures après, rien ne reste : tout a fondu au (discret) soleil de midi…

Mercredi 4 : balade en passant par l’Hôtel neuf (quel nom idiot pour un lieu dit !), la Motte et la Besselière ; deux splendides chiens de chasse, genre setter, aboient férocement quand je passe ; çà et là l’herbe est piquetée de blanc, souvenir de la chute de neige d’hier ; à gauche, beaucoup de mousse ; un petit cheval essaie de brouter de l’herbe dans un  pré râpé ; un coureur à pied me croise ; temps gris, pluie fine qui ne dure pas. Un imbécile de coq chante fièrement dans un poulailler ; je l’imagine perché sur le fumier ; emblème de la république…

Dimanche 8 – La boue a un peu séché ; je m’aventure par un chemin à peu près praticable dans la forêt de Coëtquen. Même en hiver, la forêt c’est magique ! Un ruisseau m’oppose une barrière que je franchis hardiment (et avec précautions). Une trouée lumineuse au loin : je suppose que le chemin débouche sur une route ; gagné !

Lundi 9 – Balade vers le clos au loup ; soleil éclatant ; gelée blanche décorative ; les oiseaux chantent ; hier, j’ai cueilli une primevère ; c’est marrant, les pétales ont chacune la forme d’un cœur. Ce matin, j’ai pris un petit chemin boueux, en arrivant au village, et j’ai vu un petit poney avec les cheveux dans les yeux, et un bouc miniature, lui aussi avec de longs poils ; ils boulottaient du foin dans un coin du pré, et m’ont regardée avec une indifférence vexante… au loin, il y avait des poules ; j’ai observé leur démarche, très curieuse : le corps projeté en avant à chaque pas ; elles tanguent sur leur gros ventre, avancent la tête d’un mouvement saccadé, à chaque empattée (plutôt qu’enjambée), les barbillons tremblotants ; marrant…

Lundi 16 – J’ai continué d’inventorier les divers chemins de promenade ; vu un chemin à demi goudronné, qui se termine en cul de sac ; le bois est protégé par une clôture, mais ce chemin s’arrête dans le bois, sans clôture ; j’irai voir, au printemps… ; vu également un chemin à travers champs, qui rejoint St-Pierre, mais ce sera pour plus tard : il est très boueux. Aujourd’hui, ciel rouge, splendide ! Ça ne dure pas ; le rouge s’atténue, finit par laisser la place au jour, gris… on dirait qu’une main invisible a fermé un coffre rempli de joyaux étincelants dont l’éclat nous parvenait. Des nuages colorés de rose, lie de vin, violine, qui se fondent dans le ciel et dont la teinte redevient grise ; c’était le lever de soleil ; représentation terminée, reprise demain, avec un programme identique et différent…
Quelquefois, ciel nacré, lumière qui sort de l’horizon comme d’un puits ; et puis, le soleil se couche, juste devant la porte-fenêtre de la cuisine ; Splendide !

Mercredi 18 – les cendres ; vu un faisan cet apm, tout près de moi, sur la colline de la croix. Les oiseaux chantent avant l’aube. C’est impressionnant. Ce matin, ciel rouge ; ça dure quelques minutes. Le soleil apparaît ; dès qu’il montre le bord de son globe, en quelques secondes, il est complètement visible. La terre tourne vite…
Souvenir d’hiver : le paysage entièrement voilé dans une brume blanche d’où émerge, à l’horizon, la cime sombre des sapins, comme une frise dentelée.

Dimanche 1er mars ; balade dans la forêt de Coëtquen ; vu un lapin, qui file dans les broussailles, puis, un écureuil, qui jaillit à ma droite et se perd dans les sous bois ; la semaine précédentes, virées diverses ; au clos du loup, une pancarte devant une propriété : Attention, chien bizarre. Faudra photographier ça ; je passe devant un pré ou paissent des moutons. Les agneaux sont rigolos ; ils sautent en faisant des bonds en hauteur, sur deux pattes, retombent sur deux autres pattes, se poursuivent, se donnent des coups de tête, et tètent leur mère debout, en continuant de marcher avec elle. Les brebis ont une démarche chaloupée, sur leur gros corps ovoïde, on se demande comment elles peuvent tenir, tant leurs pattes ont l’air minces, à côté de la masse laineuse d’où émerge une tête triangulaire, avec deux oreilles horizontales. Comme je m’arrête pour regarder, il y en a une qui rapplique et me bêle des injures ; je m’en vais.
Les primevères il y en a partout maintenant. Il y a 15 jours, j’ai vu UN pied de primevères et j’en ai cueilli une, la première. Ça pousse sur les talus, à la verticale ; fais des acrobaties pour rapporter ce trésor ; la semaine dernière, rapporté une jonquille que j’ai mise dans un vase, elle commence à se faner. À quand les violettes ?

Lundi 2 mars ; ce matin, j’ai continué après la route du clos au loup, et pris un chemin oblique, juste avant l’embranchement ; beaucoup de boue ; et puis on arrive à un croisement, et un chemin à gauche rejoint l’autre chemin, celui qui arrive juste en face de la route du clos au loup ; en ce moment, c’est extrêmement boueux, mais au printemps, ça fera une belle promenade. J’ai revu le cheval et l’âne, toujours couverts de leurs manteaux, dans une autre pâture. Le cheval me snobe, mais l’âne m’a saluée en brayant ; les moutons étaient tous couchés dans leur étable, et les agneaux commençaient à cabrioler. Un peu plus loin, j’ai cueilli un bouquet de jonquilles ; les primevères sont fleuries, il y en a beaucoup. Ce matin, il fait beau.

Mercredi 4 mars – Pascal est allé chercher à la mairie sa nouvelle carte d’identité ; je me demande qui lui a fait ces photos d’identité, mais il a exactement la tête de Chirac, maintenant qu’il est gâteux. Ça lui ressemble comme moi je ressemble au pape, ou à peu près…
Les primevères apparaissent un peu partout ; elles mettent une détestable obstination à pousser le long des talus : pour les atteindre, il faut, soit se coucher sur les prés, boueux, et baisser la main, soit descendre dans le fossé, plein d’eau, et lever la main. Je préfère les laisser où elles sont.

Perce-neige : tige gracieusement recourbée, laissant pendre sa corolle de trois pétales blancs en forme de clochette
Anémone, puis pâquerettes –un petit point blanc dans l’herbe - jonquilles, ensuite, crocus –

Mardi 24 mars ; hier, brouillard ; un brouillard cotonneux, qui engloutit tout ; ce matin, petite pluie.
Ces jours-ci : on voit d’abord des tas de fumier dans les champs ; j’observe que le fumier… fume vraiment ; sur la route, de petites mouchetures de fumier, que les roues de voitures ont écrasées ; ça pue ; par contre, dans les champs, le fumier épandu ne pue pas et j’en conclus que l’odeur s’évacue par en-dessous.

Aperçu ce soir 4 chevreuils dans le lointain.

Les bourgeons de notre poirier apparaissent. La plate-bande de gauche a été nettoyée.
Malgré le printemps, il fait très froid. Hier, il y avait de la gelée blanche sur les toits et les pare-brises ; les pauvres jonquilles pendaient un peu. Le cheval avait remis son paletot. 
On commence à voir fleurir les arbustes, en particulier le tulipier de la rue Chateaubriand.
Bientôt, ce sera somptueux.

mercredi 8 avril 2015

Un chevreuil traverse la route dimanche quand nous rentrons… Le soir plusieurs chevreuils font des cabrioles dans le champ, bien visibles, éclairés par le soleil couchant.
Il fait un temps superbe depuis lundi. Balade à la Besselière, et hier à la « morve-au-nez. » On éteint les radiateurs. Balade dans la forêt, à la recherche de sentiers praticables ; je rentre avec un pantalon crotté et un bouquet de jonquilles chapardé sur le chemin ; même trouvé des violettes, je me pose la question : sont-elles transposables dans mon jardin ?
Hier, on commence les plantations ; ça prend tournure.
Promenades épatantes, le temps est magnifiques, la nature est superbe, l’herbe verte d’un vert ardu. Pas encore de feuilles, mais chez les anglais, le lilas commence à fleurir et je renifle les premières fleurs du chèvrefeuille.

vendredi 10 avril 2015

Temps radieux depuis plusieurs jours. Je commence à retirer les vêtements d’hiver.
 Je regarde sur le net, je vois qu’on peut faire du « vin de pissenlit » ; or, nous ne mangeons pas de confitures, mais nous buvons du vin… Alors, ce matin, je pars, avec un sac et une paire de ciseaux, décidée à couper toutes les fleurs de pissenlits sur les bords du chemin ; seulement voilà y en n’a pas… comme une cloche, je mets 1 h de balade avant de me rendre compte que les fleurs de pissenlits se sont fermées et qu’elles n’ouvrent leurs pétales que quand le soleil est bien haut. Je rentre avec mon sac vide et l’impression d’être nulle mais attention ! Je pars au village chercher du poisson, et quand je reviens, j’ai dévalisé toutes les bordures de chemin, il y a déjà 200 fleurs de pissenlit dans un cageot, soit la moitié de ce qu’il faut.
Les feuilles ne sont pas encore poussées sur la plupart des arbres, sauf notre petit poirier, celui de gauche ; on commence à voir les lilas, je respire le parfum des aubépines, on voit aussi des myosotis et des violettes ; je ne parle pas des primevères – ça prolifère – ni des jonquilles ou narcisses, il y en a partout.
Je me demande si je ne vais pas me mettre à ramasser aussi les feuilles des pissenlits ; après tout, quand j’étais petite, on le faisait pour manger en salade ; c’est peut-être bon ?

Fin avril : j’ai vu un petit lapin filer dans un jardin abandonné ; la brume sur l’étang monte en vagues, poussées par la brise de l’aube ; la rosée s’irise dans les premiers rayons

Les iris sont en fleurs quand les jonquilles sont terminées ; les primevères ont duré plus longtemps mais c’est fini. Les arbustes à fleurs prennent le relais







Tirez sur le panthéon !



Il m’a toujours fait horreur.

Chaque fois qu’il encombrait mon horizon – et c’est arrivé fréquemment – mes prunelles s’allumaient des mêmes regards assassins, les mêmes insultes me venaient à l’esprit ; quoique non, j’en inventais de nouvelles. Le voir me fertilisait la dure-mère.

J’ai déménage ; je ne le verrai plus.

Non, je ne te verrai plus, lourde masse prétentiarde, boursouflure protubérante, mensonge obèse, niaiserie colonnée, gros presse-papier farci de honte et de pourriture.

Toutefois, il me sera difficile de t’oublier.

D’oublier que, chaque fois que je suis passée rue Soufflot, j’ai du voir cet énorme tas de pierres bouffi, qu’on appelle Panthéon ; respirer les miasmes qu’il exsude par tous les pores de ses murs.

Déliquescence d’une France décadente qui, depuis deux siècles, ne cesse de s’enfoncer dans la boue, voilà ce qu’illustre – avec congruence – cette caillouteuse épaisseur.

Pour s’en convaincre, il suffit de reprendre, un à un, les épisodes du feuilleton panthéonesque :

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C’est en 1764 que Louis XV[1] en pose la première pierre. Vingt ans plus tôt, tourmenté par une fièvre maligne, il avait fait le vœu d’ériger une église à sainte Geneviève[2] s’il était guéri.

Il le fut, hélas…

Cet édifice est à l’architecture ce que la chimère est à la zoologie ; il y a de tout, là-dedans : du gothique et du gréco-romain, du classique et du baroque.

Il n’y aura manqué que le cloître roman ; et c’est heureux.

Le Panthéon tient du lion par la tête, du mammouth par le poitrail – et son ventre est celui d’une hyène, cette bête au rire infernal qui nettoie la brousse en dévorant les bêtes crevées.

A l’intérieur, c’est immense, pompeux et froid. Le promeneur pose son regard sur des surfaces lisses semblables à de la sauce figée. Les hauts murs suintent d’un implacable ricanement silencieux. Visiteur, tu entres ici dans une de ces geôles du néant, d’où tout espoir est banni.

Sainte Geneviève jamais n’en a franchi le seuil.

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C’est qu’en effet, la révolution, en grillant ce qui restait de la sainte, court-circuite le projet Louis-quinzien. La racaille au pouvoir récupère l’endroit pour en faire une nécropole des  grands hommes – grands hommes dont elle prendra elle-même la mesure, cela s’entend. Clochers et fenêtres sont supprimés, de manière à créer un cloaque humide et lugubre. Le Panthéon devient caveau, antre cyclopéen de la purulence, fosse stagnante, sentine putride et prodigieuse. Le Panthéon s’assombrit – image des ténèbres qui s’abattent sur la France.

Mirabeau en franchit les portes en 1791 – il est prestement évacué[3]… même salto arrière pour Le Peletier de Saint-Fargeau[4], et l’horrible Marat. Voilà une grande injustice : ils étaient pourtant assez crapules pour mériter les honneurs de la gueuse.

D’autres charognes républicaines - il n’en manquait pas – y prennent place : Cabanis, le médecin pour qui penser n’est que sentir, et Béguinot, le général, égorgeur des paysans de l’Escaut[5] ; le sanguinaire Carnot, ordonnateur du génocide vendéen, et Marceau, qui l’exécuta. Où seraient-ils plus à l’aise, pour pourrir, que dans ce délétère sous-sol… ? Perregaux leur tient compagnie, ce financier corrompu, espion, parfois, pour le compte des Anglais.

Grands hommes assurément ces politiciens et hommes de lettres, Fleurieu, Crétet, Papin et Resnier (Louis-Pantaléon) ? Sic transit gloria mundi [6]. Ils ont eu leur petite - toute petite- heure de gloire, et puis, à peine la faucheuse passée, les voilà projetés dans l’anonymat ; patronymes oubliés, que ronge l’incognito sous les ors de la daube gueusarde[7]
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Napoléon, qui estime pouvoir manipuler à son profit les catholiques, rend à la ci-devant église son rôle cultuel, mais sans lui retirer son usage de morgue illustre, hybridation qui perdurera jusqu’en 1885.
Le cimetière descend alors à la cave – enfin, dans la crypte ; un escalier éléphantesque permet à la pestilence de remonter à la surface.

Si, au dehors, le fronton pontifie avec l’emphatique : aux grands hommes, la patrie reconnaissante, au dedans, c’est le grotesque qui triomphe, avec une fresque représentant l’apothéose de sainte Geneviève… en compagnie de  Napoléon…!

Pas pour longtemps car l’empire sombre dans le désastre de Waterloo[8], Louis XVIII, qui succède à l’empereur sur le trône, le remplace aussi sur la fresque. Consécration de l’église ; une croix supplante la dithyrambique inscription.

Va-t-on, à titre de représailles, expulser Voltaire ? Que non pas ! Facétieux, le podagre Bourbon exprime qu’il sera bien assez puni d’assister tous les jours à la messe !

Mais 1830 voit l’avènement du fils du régicide[9] ; il abandonne aux loges, qui l’ont juché sur le trône, le monument - qu’on appellera désormais Temple de la gloire. Est-ce la fin ? Non ; à peine laïcisé, il est derechef rendu au culte par la seconde république, dont le président est… Louis Napoléon. Promu empereur, ce carbonaro à moitié repenti, qui recherche les bonnes grâces de l’Eglise, y installe des chanoines !

Bis repetita… Comme le premier empire, le second est englouti dans une débâcle militaire : après Waterloo, Sedan. A Paris, qui a affreusement souffert du siège, la population se soulève et c’est la commune ! Les insurgés délogent les religieux du Panthéon et scient la croix du dôme. Revenue aux affaires peu après, la république achève l’œuvre des communards – qu’elle déporte ou fusille, l’ingrate ! - en dévouant le Panthéon au laïcisme. On bannit l’orgue qui rythmait et stimulait la décomposition des macchabées. Quelques coups de pinceau aux murs et les saints, retouchés, nous présentent les faces grimaçantes de Gambetta, Clémenceau, et autres bouffe-curés.
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Là, je sens monter une houle de cris indignés : Marie Curie ! Jean Moulin ! André Malraux !

Sans oublier ceux – comme Guynemer[10] et Saint-Exupéry - dont seul le nom demeure, gravé en ces lieux, défiant l’amnésique marche des siècles.

Heureux Saint-Exupéry ! A jamais libre et libérée, son âme vogue dans la lumière, éternellement bercée par la houle et le vent. La mer immense est sa sépulture ; il n’a pas été englouti dans ce caveau à l’usage des rampants. Comme pour Guynemer, cet autre fou volant, seule une plaque, dans ce lugubre et glauque hypogée, rappelle son souvenir. Sans doute en rit-il, « Saint-Ex » qui écrivit : Il est nécessaire que l'humanité soit irriguée par le haut et que descende sur elle quelque chose comme un chant grégorien[11]

Hé oui… Je sais. La république est une putain ; une putain vérolée qui a contaminé l’Europe ; mais avec les siècles, elle a vieilli ; et elle a vieilli comme vieillissent les putains : en prenant de l’âge, elle a acquis de la respectabilité ! De mensonge en mensonge, elle a bien manipulé le peuple et il a oublié ses crimes ; elle a fait croire à sa légitimité. D’amnésie en amnistie, elle est devenue honorable. C’est une rombière liftée, qui fréquente les beaux quartiers et donne aux œuvres. Elle s’est offert des auteurs de talent, des serviteurs généreux, des savants de génie.

Ceux dont les dépouilles ont été descendues là, sans leur consentement, d’ailleurs, c’est au service de la France qu’ils ont œuvré. La république se les est annexés au prix de dissimulations abjectes. Auraient-ils acquiescé aux massacres de septembre ? Aux tanneries de peau humaine ? Aux pontons de Nantes ?

Parce que, quoi qu’on en dise, ces ruisseaux de sang, ces innocences sacrifiées, ces vies fracassées, cette cruauté rationalisée enfin, c’est l’acte de naissance de la république ; la férocité bestiale, la vulgarité haineuse, la friponnerie grossière c’est son identité première, drapée et dissimulée dans tout un cérémonial ronflant, renflé, guindé et sentencieux.

Alors… le Panthéon ?

Colonnes et bas-reliefs en marbre blanc, fresques fadasses farcies d’allégories bécasses, et volutes, et rondes-bosses, qui percent l’espace comme des pustules, rien n’a été épargné pour fabriquer là un étalon de l’art pompier, matérialisation visible, palpable, pisseuse et poisseuse de ce que Le stupide dix-neuvième siècle[12] a charrié de poncifs et d’idées fausses.

Le Panthéon ? C’est la palinodie architecturale, c’est l’embardée permanente entre les quarante rois qui en mille ans firent la France[13] et la république qui depuis deux siècles ne cesse de la défaire.

Archétype de l’impossible synthèse ; quand on s’obstine à donner une main au diable en croyant pouvoir tendre l’autre à Dieu, l’enfer vorace avale le tout !

La gueuse a toujours voulu péter trop haut !


[1] Louis XV (1710 -1774) roi de France ; il était l’arrière petit-fils de Louis XIV.
[2] Sainte Geneviève (433-512) est la patronne de Paris.
[3]  La clique au pouvoir venait de découvrir que ce petit coquin de Mirabeau (1749-1791) avait des accointances avec l’Autriche.
[4] Tel François Peillon, et bien avant lui, il rêvait de soustraire l’enfant aux déterminismes familiaux   par un système d’éducation qui en ferait un républicain modèle.
[5]  On oublie que la révolution généra de nombreuses chouanneries en Europe.
[6] Ainsi passe la gloire du monde -  Lorsqu’un pape est élu, on lui brûle un peu d’étoupe sous le nez, en lui disant ça, pour lui rappeler qu’il aura des comptes à rendre au jour du jugement.
[7] Pas encore de journaliste au Panthéon ; mais ça viendra ; ils ont trop bien servi la soupe à la gueuse pour ne pas mériter d’être panthéonisés !
[8] 55000 morts en une journée, d’après certaines sources. Le bilan des guerres de la révolution et de l’Empire se chiffre par millions…
[9] Louis-Philippe 1er (1773-1850) est le fils de Philippe d’Orléans, dit Philippe-Egalité, cousin de Louis XVI et qui vota sa mort, par lâcheté - ce qui ne l’empêcha pas d’être guillotiné peu après.
[10] Georges Guynemer (1894-1917) aviateur héros de la 1ère guerre mondiale, mort au combat. Son corps a été pulvérisé dans les duels d’artillerie.
[11]  Antoine de Saint-Exupéry, écrivain, poète, aviateur (1900 –1944) ; disparu en mer au cours d’une mission – son corps, comme celui de Guynemer, n’a jamais pu recevoir de sépulture ; voici la citation complète : Au fond il n'existe qu'un seul et unique problème sur terre. Comment redonner à l'humanité un sens spirituel, comment susciter une inquiétude de l'esprit. Il est nécessaire que l'humanité soit irriguée par le haut et que descende sur elle quelque chose comme un chant grégorien. On ne peut plus continuer à vivre en ne s'occupant que de frigidaires, de politique, de bilans budgétaires et de mots croisés. On ne peut plus progresser de la sorte.
[12] Ouvrage de Léon Daudet
[13] Qui ignore que cette expression est de Charles Maurras ? Il est quand même nécessaire de le rappeler.